Un autre numérique est possible, mais…

Hubert Guillaud a fait un très bon résumé de « Contre l’alter-numérisme », livre que je n’ai pas lu. Avant de continuer la lecture ici je vous conseille donc d’aller lire cet article ou le livre dont il parle.

Dans un premier temps il m’a mis une claque, et comme son auteur, laissé sans réponse.

En gros, le propos est que le numérique est au service d’un capitalisme qui détruit l’humanité et l’environnement. Sur ce point, c’est un constat que je partage. Ensuite, tous nos efforts pour construire un numérique alternatif seraient vains et voués à l’echec, pour preuve nous n’avons pas réussi jusque-là, pire nos logiciels libres qui se veulent éthiques sont parfois même utilisés pour faire du mal. Et après d’autres arguments, la conclusion est que le numérique n’est pas à changer, mais à arrêter.

À la réflexion et après avoir digéré ça quelques temps je trouve que le raisonnement est mauvais et fait fausse route, et j’ai des réponses à apporter.

Le premier et principal problème c’est que l’article, et vraisemblablement le livre aussi, ont l’air de considérer qu’une société non-capitaliste n’est pas possible. Pourquoi ? Je ne sais pas. Car pourtant le capitalisme est un système récent, l’humanité a vécu sans pendant très longtemps, et pourra et en l’occurrence devra vivre sans à l’avenir si elle veut survivre. Il n’y a donc rien qui empêche de se passer du capitalisme, si ce n’est actuellement les puissants capitalistes qui s’efforcent de maintenir ce monstre en vie coûte que coûte.

« Les technologies numériques ne sont pas réappropriables, car elles sont le fruit d’une société de masse, d’experts, constituée de rapports de domination et d’exploitation, d’infrastructures complexes et gigantesques dont les citoyens ne peuvent qu’être dépossédés : on ne mettra pas des centrales nucléaires en autogestion, de même qu’on n’impliquera pas les citoyens de manière « participative » dans l’exploitation d’une mine au Congo, ou qu’on ne produira pas de manière « écologique » des claviers en plastique, des puces en silicium, des écrans de verre, des milliers et milliers de kilomètres de câbles sous-marins. »

Et pourquoi pas ? Pourquoi ce ne serait pas possible ? Peut-être que dans le livre le propos est développé, mais là ce ne sont que des affirmations à priori infondées. Pour ma part je n’ai aucun problème à imaginer une centrale ou une mine en autogestion, et je n’ai pas trop de doutes non plus que dans une société communiste autogérée, débarassée du productivisme et de la surconsommation, on puisse produire de manière raisonnée en fonction des besoins réels, et donc de manière écologique.

Au final, le fait que le numérique soit regardé avec des œillères capitalistes sape tout le reste de l’argumentation. Il « suffit » d’imaginer une société où les dérives induites par le capitalisme n’ont plus lieues pour que le propos du livre perde tout son fondement.

Mais en attendant l’éventuelle abolition ou le plus probable effondrement du capitalisme, ne devrait-on pas « arrêter le numérique », comme en appelle de leurs voeux l’autrice et l’auteur du livre, pour ainsi éviter de continuer à nourrir la bête ? À cette question je répondrais par une boutade et d’autres questions contenant leur propre réponse : faut-il jeter le bébé avec l’eau du bain ? faut-il abandonner ou combattre ? faut-il seulement critiquer ou proposer une alternative avec la critique ?

En conclusion, un autre numérique est bel et bien possible, mais il implique un changement majeur de société. Changement quoi qu’il en soit nécessaire si l’humanité veut survire au réchauffement climatique.

Je vous laisse là-dessus en vous invitant à lire l’article réponse de Thierry Crouzet qui explique notamment que renoncer au numérique c’est presque se tirer une balle dans le pied, car renoncer à pas mal d’avancées technologiques pour le moins salutaires.

Laisser un commentaire